Le grand retour du PERP, niche fiscale pour préparer sa retraite

Dix ans après sa création, le plan d’épargne retraite populaire (PERP) aurait-il enfin trouvé son public ? Les souscripteurs affluent, alléchés par l’économie fiscale.

Les épargnants redécouvrent le PERP. Ces derniers mois, plusieurs réseaux bancaires et d’assureurs constatent une flambée des souscriptions. Pourquoi ce nouvel engouement ?

Selon l’édition 2014 de l’Observatoire de l’épargne et de la retraite du Cercle des épargnants, les Français sont 58 % à juger son financement prioritaire. Pourtant, seuls 51 % d’entre eux déclarent épargner pour leurs vieux jours et 67 % se disent inquiets pour leurs revenus futurs. Et lorsqu’ils le font, ils préfèrent l’assurance-vie et le Livret A au PERP, un outil spécifiquement conçu pour se constituer une rente viagère complémentaire. Mais le vent pourrait tourner. Déjà, en 2012, le PERP avait créé la surprise en affichant une collecte en hausse de + 13 %. Et cette dynamique s’est accélérée en 2013, « sans aucune action commerciale spécifique de nos guichets », témoigne Bernard Le Bras, président du directoire de Suravenir (groupe Crédit Mutuel Arkéa) où les souscriptions de PERP ont bondi de + 30 %.

Souscrire un PERP

Allégement d’impôt

Une explication simple s’impose : le PERP est aujourd’hui l’un des derniers placements générateurs d’allégement d’impôt. Les cotisations versées chaque année sont, pour chaque membre du foyer fiscal, déductibles du revenu imposable – et pas seulement professionnel comme dans le cas du contrat Madelin – dans certaines limites : 10 % des revenus plafonnés à 8 Pass* de l’année précédente, soit 29.626 euros en 2014 avec un plancher de 3.703 euros pour les faibles revenus.

Par ailleurs, si elles n’ont pas été épuisées, les possibilités de déductibilité des trois années précédentes (ainsi que celles de son conjoint ou partenaire d’un pacs) restent utilisables. Tous ces montants sont indiqués individuellement dans le dernier avis d’imposition. Autre atout, en phase de constitution, le PERP est exonéré de prélèvements sociaux (15,5 %). Et, pour les plus fortunés, il échappe à l’ISF, y compris en phase de rentes (sous réserve d’avoir cotisé quinze ans durant).

Pour les gros revenus

Aussi substantiel soit-il, cet avantage fiscal exige cependant d’être soupesé à l’aune d’autres arguments. Tout d’abord, il vaut en priorité pour les personnes fortement imposées (au moins à 30 %) susceptibles de bloquer des sommes importantes. Ce qui n’est pas forcément compatible avec la logique de l’épargne retraite d’autant plus efficace que l’on souscrit tôt. Des calculs effectués par la Caisse d’Epargne montrent ainsi que pour toucher, à partir de soixante-cinq ans, un peu plus de 200 euros de rente mensuelle, un épargnant qui ouvre à cinquante-cinq ans un PERP (rémunéré 2 % par an en moyenne) devra verser chaque mois 570 euros contre 220 euros s’il le souscrit à quarante ans.

Fonds bloqués, frais élevés

Par ailleurs, ce cadeau fiscal est la contrepartie d’un dispositif contraignant et peu rentable. Les sommes qui sont versées sur un PERP sont, sauf cas exceptionnels (invalidité, décès du conjoint ou partenaire d’un pacs, expiration de droits au chômage, liquidation d’entreprise, surendettement), immobilisées jusqu’à la retraite (une proposition de loi déposée le 11 février vise à ajouter l’expatriation de longue durée à cette liste). Et, lorsqu’on les récupère, c’est pour l’essentiel (au moins 80 % des sommes capitalisées) sous la forme d’une rente viagère imposable, dont le montant paraît faible au regard de l’effort d’épargne consenti. A noter toutefois que les retraités qui souhaitent utiliser cette épargne pour financer l’achat de leur résidence principale pourront la toucher cash.

Autre bémol, le PERP qui, à quelques exceptions près (+ 4,01 % pour le PERP du Conservateur par exemple), rapporte moins de 3 % en moyenne pour sa partie investie sur un fonds en euros, est souvent lourdement chargé en frais divers (surprimes, encours gérés, éventuels transferts, rentes à la sortie). Quant à son pilotage financier, il dépend – sauf contre-indication écrite explicite du souscripteur – de l’assureur qui sécurise les actifs du plan au fur et à mesure que l’âge de la retraite approche.

[…]

 

Source : Les Echos, Par Laurence Delain | 21/03